Vivre sa vie
Par Anthea le samedi 2 mai 2020, 18:17 - Crocs n°56 - Lien permanent

On vit. Non, ce n'est pas une soudaine révélation, ce qui serait assez triste après [insérez un nombre entre 7 et 77] années d'existence. Nous sommes donc des êtres organiques en évolution perpétuelle. Mieux, on respire, on pleure, on rit, on mange, on boit, on parle, on apprend - et on meurt à la fin, mais on va laisser cela de côté.
Donc, je disais, on vit. Mais... pourquoi ? Attention, je ne pose pas la question du point de vue scientifique ou religieux. Non. Je demande le but vers lequel tend nos vies. Qu'est-ce qu'on fait de cette vie ?
La réponse est fort simple : on souhaite plaire aux autres, puisqu'on interagit avec eux. On a besoin d’être vu pour exister parce qu'on est fait de telle façon que, s'il n'y a pas de reconnaissance, nous n'existons pas. Hors cette reconnaissance passe par les interactions. Celles-ci ne sont pas possibles si personne ne nous accepte. Pour être accueilli, il faut se conformer à certaines règles, ce qui implique un comportement "contraint" lors de ces interactions.
C'est cela qui dirige notre existence dès la naissance. On apprend ce qu'il ne faut pas faire au risque d'être rejeté par les autres individus. Ce constat est valable pour n'importe quelle espèce animale : ceux qui ne respectent pas les règles sont rejetés par le groupe. La loi même de l’existence.
Si tout le monde pouvait faire ce qui lui plaît, il n'y aurait pas d'équilibre. Une forme d’égoïsme cruel et sauvage se développerait. Tout le monde chercherait à avoir plus que ce qui lui est nécessaire, mais d'autres n'auraient rien. Seuls les plus forts survivraient. Or, étant tous obligés de suivre les règles les plus "fragiles" peuvent également vivre. C'est la loi qui assure l'équilibre et on ne peut nier son importance.
Mais, comme je l'ai dit, un individu respecte les règles parce qu'il doit plaire. Elles sont donc utiles, certes, mais empêchent l'expression de caractères trop hors-normes. Certaines personnes voudraient peut-être, telle Dolores Ombrage, s'habiller tout en rose, mais le regard porté sur ce genre de comportements considérés comme excentriques est vite dissuassif. Tout comme voler - je ne parle pas de balais -, puisque la loi l'interdit.
Parfois, il est possible de s'affranchir de certaines règles, notamment informelles. On peut respecter la vie de l'autre tout en vivant librement la sienne (donc, non, on ne commet pas de meurtres). On peut être libre : c'est un droit fondamental. Mais je parle aussi des contraintes qui voudraient que tout le monde se comporte d'une certaine façon et pas d'une autre. Un exemple ? Pas de problèmes.
Prenez Sibylle Trelawney et osez me dire ne pas avoir rit devant ses "prédilections". Ne pas s'être moqué de ses habits... étranges une seule fois. Tout le monde trouve ce personnage un peu dérangé - moi la première. Personne ne la prend au sérieux. Pareil pour Luna Lovegood, ses étourderies et ses croyances qui sont perçues de manière extrêmement négatives - elle subit même des quolibets.
C'est comme si nous n'avions pas l'ouverture d'esprit nécessaire pour accepter ce genre de comportements. Pourtant, ils ne sont pas dangereux pour les autres, même pas pour eux-mêmes. Elles sont différentes, mais la différence ne veut pas dire qu'il y a quelque chose de mal. Au contraire. La différence est positive, car elle permet l’apprentissage, la découverte.
C'est pour cela qu'il faut la cultiver et non pas tenter de l'étouffer. Les personnes sont différentes les unes des autres et c'est grâce aux interactions qu'on peut s'instruire de l'autre. Mais si tout le monde se ressemble, qu'est-ce qu'on pourra apprendre de l'autre et qu'on ne sait pas ? Rien, car nous serions des robots identiques.
Alors, malgré les avis négatifs, malgré les remarques, il faut conserver sa "particularité", ce qui fait que nous sommes qui nous sommes. Que ce soit une expression, une attitude, un trait physique ou caractériel. Parce que c'est ce qui est au cœur de notre existence propre en temps qu'être humain. Il faut vivre pour soi-même, bien que ce ne soit pas toujours facile, et non pas pour les autres. Être "en paix" avec soi-même est important pour se sentir bien, mais il faut être sincère dans nos interactions. Sincère avec son être et avec les autres.
Ne montrez pas ce que vous voulez que les autres voient, mais ce que vous êtes. Il est plus aisé d'accepter une personne honnête mais différente plutôt que quelqu'un dont on voit pertinemment qu'il nous ment alors que ça nous irrite. Il est dommage de se brimer alors que nous avons quelque chose d'exceptionnel en chacun de nous. Quelque chose à partager.
Il faut rester comme on est : unique et semblable à la fois. Rester fier de ce qu'on est et le montrer. On nous le rendra mille fois. Nous partageons le même fond, mais nous sommes une multitude d'esprits qui brillent différemment.

Commentaires
Je dois avouer que j'ai eu quelques difficultés avec ton article, non pas parce qu'il n'est pas intéressant, au contraire, il l'est, c'est probablement l'article le plus intéressant que j'ai pu lire de toi et ça fait agréablement plaisir. Non, simplement la perspective de devoir être vu, approuvé, aimé, estimé, pour exister et être quelqu'un de respectable me fait grincer des dents, tout bêtement. Tout le monde n'a heureusement pas besoin d'être approuvé et accepté par autrui pour être bien, même si c'est de plus en plus rare avec les réseaux sociaux aujourd'hui. Je ne suis pas sûre non plus de respecter les règles pour plaire aux gens, je les suis parce qu'on m'a appris dès mon plus jeune âge à obéir aux règles pour que tout le monde puisse faire ce qu'il souhaite sans blesser ou empiéter sur autrui. Cela dit, tu dis que cela permet une certaine forme d'équité ou d'égalité entre les gens, mais j'ai l'impression que cet égoïsme qui pousse les gens à avoir toujours plus existe malgré les règles, parfois même grâce à elles, et ça fait partie de la nature humaine, surtout dans une société capitaliste, de vouloir davantage, parfois pour être à l'abri du besoin que d'autres connaissent et qu'on peut voir dans la rue.
La seconde partie de l'article me parait presque gentillette après la première partie, même si je ne suis pas certaine de partager tes conclusions, je suis d'accord sur la diversité des caractères, des personnalités et particularités, difficile de faire autrement.
En tout cas, chouette article même si je ne suis pas d'accord sur tout, ce serait cool si tu en faisais d'autres dans cette lignée je pense ! En tout cas, cela me plairait.
Encore un article pertinent Solenhab ! J'aime beaucoup te lire.
Comme Rémi, j'ai été un peu dérangée au début, car tu as exposé la thèse adverse sans annoncer la tienne. Lire :
" Qu'est-ce qu'on fait de cette vie ?
La réponse est fort simple : on souhaite plaire aux autres, puisqu'on interagit avec eux. "
rend un peu fou. Certes, l'homme est placé en permanence sous le regard des autres. Néanmoins, cela ne donne pas nécessairement un sens à la vie.
Tu offres une nouvelle perspective dans la seconde partie, un peu "gentillette" comme écrit Rémi.
S'il faut à mon avis rester soi-même, cela ne donne pas pour autant une finalité à l'existence. On ne peut être sa propre fin selon moi. Garder sa personnalité, son être n'est qu'un moyen, pas une fin, ou alors une fin relative et non absolue.