- Votre femme vous avait-t-elle parlé d'un quelconque problème de vue ?, demanda l'un des guérisseurs présent autour du corps.
- Non. Rien. 
- Alors, vous parlait-elle de ses soucis ? De santé, ou autre ?
- Non. Encore une fois, je vous répète que mes relations avec ma femme n'allaient plus bien. Nous ne nous parlions plus, alors comment voudriez vous que je sache tout ça ?, répliqua l'homme, en s'emportant légèrement sur le guérisseur qui eut un mouvement de recul face à la main qu'il vit monter vers lui.
- Calmez vous monsieur. Nous nous interrogeons juste. Une chute d'une telle ampleur ne peut pas s'être réalisée à cause d'une simple perte d'équilibre au moment d'esquiver le souafle. Elle est littéralement tombée de son balai. 
- Je vous répète que je ne SAIS RIEN !
- Papa, arrête de t'énerver ..., intervint une jeune fille dans la discussion, posant une main sur le bras de son père histoire de retenir tout ses gestes. 

Ce dernier esquissa un mouvement pour retirer cette main qu'il trouvait de trop. Tout était de trop dans ce vaste monde si noir. Pourquoi était-il si sombre ? Et pourquoi faut-il que l'on perde les personnes pour se rendre compte qu'on les aime ? La vérité est si dure.

Flashback

" Mesdames et messieurs, les Poufsouffles ont l'air de remporter la victoire sur Serpentard. Qu'en sera-t-il à la fin du match ? "

Tout le public était fin excité. Les jaunes et noirs hurlaient les prénoms de chaque joueur présent sur le terrain, tandis que de leur côté, les verts et argents préféraient garder leur souffle et leurs cris pour le moment où leur équipe marquerait des points. Heaven tenait entres ses paumes la main de son père, et entrainait une vague parmi les supporters à chaque partie importante du match.

" Roogle s'empare du souafle et fait une magnifique passe à Ailey, qui s'apprête à tirer. Le public retient son souffle. Marquera-t-elle le prochain point des Poufsouffles ? "

- Allez maman !!! 

La jeune fille leva son poing droit en l'air, admirant sa mère qui s'élançait dans les airs avec une agilité déconcertante. Autrefois, elle aurait pu être élue meilleure joueuse du château. Sa mère. Elle en était fière, et en parlait à presque tout son entourage. " Ma mère est si ... ", " Ma mère est ça ... ". Sa mère était tout pour elle. Ainsi que son père. Son fil conducteur, ce qui lui permettait de bien vivre. Elle était son équilibre, elle était pour elle, comme les ailes sont pour l'oiseau. Indispensable.

" Et c'est le ... Que se passe-t-il ?

Fin du Flashback

- Papa, je t'en prie ... 
- Tu n'iras jamais là bas. Il en est hors de question.
- S'il te plait ! 
- Non.
- Je vois ce départ comme une nouvelle vie. Je veux pouvoir oublier ce qu'il s'est passé il y a quelques mois. Je veux ... Je veux être loin de cette maison. N'importe où où je vais, je sens son odeur. J'ai l'impression qu'elle se tient à côté de moi, qu'elle me souffle des mots. Je ne veux pas ... 
- J'ai plus besoin de toi à la maison qu'ils n'ont besoin de toi dans cette école. Tu n'iras pas, un point c'est tout.
- Tu ne m'en empêcheras pas. 

Heaven vit le poing de son père se serrer, ses mâchoires se crisper. Elle s'attendait à une frappe, un geste qui l'enverrait percuter l'étagère qui se trouvait un peu plus loin. Elle passa une main tremblante dans ses boucles soyeuses et brillantes brunes, qui lui descendaient en une belle cascade dans le dos. Ses yeux bleus, creusant dans ceux de son père, ressemblaient étrangement à ceux de sa mère. La même tendance à virer au gris foncé, pouvant virer au noir quand la colère la saisissait. Le même vert curieux, la même couleur miel. Des couleurs qui s'imposaient dans son regard, mais qui en restaient inexplicables. Mise à part le noir. 

Flashback

" Ailey semble perdre le contrôle de son balai ou bien ... non !! "

Le présentateur se stoppa dans ses dires. D'un coup sec. Il suivait la scène, effaré. Tout le monde garda le silence devant l'accident qui se produisait sous leurs yeux effrayés. Non, elle ne perdait pas le contrôle de son balais ... Elle semblait ne plus être consciente, là haut dans les airs. Heaven sentit un cri jaillir de sa gorge, qu'elle libéra. Elle sentit les mains de son père se crisper à ses doigts fins. Celui-ci retenait toutes les paroles qui tenteraient de s'échapper de lui. Mais il savait bien, et s'attendait parfaitement à une suite tragique. Une chute qui ne la maintiendrait pas en vie. C'était certain. Plus de ... 8 mètres la séparaient du sol. La réception serait forcément mauvaise, la réduirait en morceaux. Déjà, des élèves baissaient les visages, cachaient leurs yeux avec les mains. La scène qui allait suivre allait être douloureuse, et personne ne pourrait rien y faire. Mais c'était ça le pire ! Tout le monde restait impuissant face à ça. Et la magie alors ? Oui la magie y pourrait quelque chose non ? 

- Non ..., lâcha le père. 

Mais avant qu'il n'ajoute quelque chose, Heaven se précipitait déjà sur le terrain, espérant quelque chose. Un miracle, quelque chose comme ça. Chez les sorciers, les miracles existaient-ils ? Elle y croyait. Elle voulait y croire. Ne pas voir ce corps s'effondrer devant ses yeux, entendre les craquements des os, voir le cou de sa mère se tordre à la réception, le balais se briser à la pointe de ses pieds. Non, elle refusait de voir tout ça. Elle sortit sa baguette, dans un espoir. Espoir vain. Un espoir qui était mort ... 

Fin du flashback

- Je partirai papa. Tu ne me retrouveras jamais, mais je partirai, je peux te l'assurer. 
- Tu fugues ? Tu m'abandonnes ?
- Je ne fugue pas, parce qu'alors je ne t'aurais pas annoncé ton départ. Eh oui, je t'abandonne comme toi tu m'as abandonné au moment où j'avais besoin d'une épaule sur laquelle pleurer, des bras dans lesquels me réfugier quand j'en avais besoin. Tu n'étais pas là, tel un père sur lequel je pouvais compter. J'aurais aimé te prêter mon attention, mes bras, mon épaule moi aussi. Tu ne me l'a pas demandé. Rien du tout ... 
- Si tu pars, tu ne reviendras jamais. 
- Je n'en avais pas l'intention ... 
- Petite garce ! 

Elle ne le vit pas partir ce mouvement, mais elle le sentit bien. Elle l'entendit aussi. La paume de sa main grisâtre retomber sauvagement sur sa joue déjà meurtrie par les coups violents qu'il lui avait porté auparavant. Leurs conversations se résumaient à des engueulades, puis terminaient généralement très mal. Heaven restait impuissante face à tout cela, ne se sentant pas le courage de réagir. Préférant avoir mal, que faire mal. Trop gentille ... 

- Tu ne reviendras jamais !!!, cria le père en s'acharnant sur Heaven, qui se tordait au sol. 

Il lui distribuait des coups de pieds. Dans le dos, dans le ventre. Abattait son poing sur ses cuisses au moment où elle voulait partir. S'échapper pour ne plus subir. Son choix était désormais pris, elle partirait. Sans aucun remord. Aucune pitié pour son père qu'elle laissait seul. Son père, ou cet homme cruel et sadique, qui faisait échapper sa colère ainsi ? En lui administrant des coups à chaque fois qu'ils se voyaient ? Qu'elle avait le malheur de le croiser ? 

- Sale garce, répéta-t-il. 

Heaven sentit le sang couler le long de sa joue, pour venir se réfugier dans sa nuque. Elle sentit aussi ce liquide venir se glisser entre ses lèvres qu'elle essaya de nouer entre elles, pour ne pas laisser une goutte de ce liquide répugnant y entrer. Son nez coulait, tout en elle coulait. Son coeur saignait. Oh oui ... Elle avait mal, criait son désespoir parmi les perles rouges qui dévalaient son visage, pour descendre et tâcher son T-shirt. Une douleur lancinante vint lui crisper le ventre. Elle se recroquevilla, évitant un peu plus les coups. Quand elle sentit que la tempête fut passée, elle poussa un dernier souffle, avant de sombrer dans un profond sommeil. Douloureux sommeil. Espoir ... Espoir es-tu là ? Moi, je veux continuer à vivre. Toujours. En mémoire de ma maman, que j'ai perdu en ce funeste jour. Où la magie n'a pas pu l'aider à s'en sortir. Ou rien n'a pu l'empêcher d'être emportée dans les bras de la mort. Conduite dans ce long couloir terrifiant. Rien, même pas moi. Laisse moi gouter au bonheur de la joie, m'amuser encore. Je connais les voeux de ma mère, quant à ma survie. Je sais ce qu'elle souhaite, même si elle n'est plus de ce monde. Que je me batte contre moi même, que je me batte contre vous tous, que je me batte pour la vie, et donc contre la mort. Je ne suis pas lâche ... 

Flashback

Tout ce qu'elle ne voulait pas se réalisa. Devant ses yeux brillants de larmes, sa lèvre tremblante et ses mains pendantes, elle regarda la scène. Le corps fendre les airs pour atterrir devant ses orteils. La nuque de la joueuse craquer. Ses membres secoués par le choc. Elle arriva même à voir le coeur de sa mère se détacher. Cherchant à se décrocher de sa poitrine. Le balai lui tomba presque dans les mains. Il aurait fallu qu'elle les tende, mais elle s'en sentait incapable. Pire qu'un film d'horreur. La réalité. Pire encore ... 

- M ... 

Ses genoux se dérobèrent, et elle s'étala de tout son long aux côtés de sa maman, laissant retomber une main sur elle. Sur son corps défunt. Elle ne sentait plus un certain petit organe cogner. Plus rien. Son souffle s'était éteint, ses yeux étaient clos. Des gens accouraient, affluaient de tous les côtés. Son père était là, son visage blême. Lui aussi semblait être prêt de l'effondrement, tout comme sa fille. Mais il respira fort. Bruyamment, et réussit à se maintenir debout. Une dame vint se pendre à son bras, ou plutôt, vint l'aider à se pendre au sien. Comme si elle désirait être la canne qui le soutiendrait et le protégerait de la chute. Heaven n'avait pas sentit de main empoigner son avant bras, pour la soutenir. Non, rien. Elle s'était sentie seule sur ce coup là, et bien plus maintenant que son fil conducteur venait de se rompre. Que ce lien si important qui lui imposait de continuer, s'était brisé. 

Fin du flashback

Ses bagages étaient désormais bouclés. Elle emportait peu avec elle, mais tout ce qui était nécessaire pour qu'elle mène une semaine à peu près correcte. L'endroit où elle désirait aller, était un endroit dont elle ignorait tout. Elle n'y connaissait rien, ni les cultures, ni la façon de vivre. La langue lui semblait peut être connue. Mais encore une fois, elle n'était pas du tout sûre d'elle. Enfin, quant à ce qui l'attendait. Mais pour son choix, tout était déjà fait, avant même qu'elle n'ait pu y penser. Eh puis, elle avait toujours voulu découvrir d'autres endroits. Sauf qu'elle aurait préféré le faire avec sa mère, de son vivant. Là, elle se baladerait avec un fantôme en permanence. Un fantôme faisant partie de son passé, qu'elle souhaitait enterrer. Un jour, elle y arriverait. C'était comme tout, elle y parviendrait. 

- Maman ... Je n'irai pas à Poudlard. Je sais que ça peut ne pas te plaire. Mais même là bas, j'y verrai ton portrait. Dans les vitrines aux récompenses. Partout, je trouverai les endroits que tu m'avais décris, ces soirs où je n'arrivais pas à dormir. Toutes les cachettes que tu avais trouvé pour ne pas te faire démasquer. Tous les endroits où tu avais pu préparer de bons tours. Je ne les verrais pas, mais je crois que je ne le regrette pas non plus. Respecte mon choix maman, sache qu'il me fait bien mal, à moi aussi. Une invitation de Poudlard est un grand honneur, mais je ne m'y sentirai pas là où j'aimerais être. Les élèves s'arrêteront près de moi, me demanderont " Tiens, tu es la fille de Ailey ? Je suis désolée pour ta maman, mes condoléances. " Je ne veux pas de leur pitié, tout ce que j'aimerais, c'est de vivre. Comme les autres adolescentes de mon âge.