Le brassard légué à l’adorable Sineah, mon maillot accroché à son mur arborant le numéro 1, mes trophées rangés sur son étagère, je me suis retrouvé dans une situation inédite : me voici retraité. Adieu la pression de ces matchs à haute intensité, adieu ces rentrées sur le terrain le regard porté vers les cieux et les clameurs du stade qui m’ont donné la force 10 ans durant de réaliser mes plus belles prestations. Aujourd’hui, j’ai laissé tout ça derrière moi, comme Roxas l’a fait bien avant. Quel étrange sentiment, un mélange d’apaisement et de nostalgie. Je me suis levé de mon siège et j’ai décidé de prendre des vacances bien méritées.

Bepo : Bon Appa, on va faire un tour dans les montagnes ? Notre mission est accomplie, on peut aller se reposer.

Appa : Allez monte vieux frère, on l’a bien mérité.

Appa s’est envolé et nous nous sommes rendus dans les montagnes où nous nous sommes rencontrés. Une sorte de petite lune de miel post-retraite. Il n’y a pas à dire, les voyages en bison sont bien plus rapides et bien plus stylés. Le pelage d’Appa était toujours aussi doux après toutes ces années, il m’est déjà arrivé de rater des arrêts parce que je gratouillais la tête de ma monture c’est vous dire. En se rapprochant de la montagne, je me revis en train de la gravir les mains ensanglantées. Puis nous nous posèrent enfin là où vivait autrefois la tribu.

Appa : Une question me taraude tout de même Bepo.

Bepo : Dis-moi tout !

Appa : Pourquoi tu t’es mis en maillot ? Le premier point d’eau est à perpet’ dans ces montagnes.

Bepo : C’est parce que j’aime beaucoup ce nouveau maillot, tous mes joueurs l’ont signé il faut bien que je le rentabilise. En plus, quand tu baves la nuit j’ai bien besoin de ça.

Appa : J’aurais peut-être dû prendre mon masque à gaz du coup.

On aime beaucoup se taquiner avec Appa, je suis une des rares personnes de P12 à comprendre son humour. Peut-être parce que je suis un des seuls à parler le bison.
Nous passâmes de longues semaines à gambader dans les montagnes, à manger des clafoutis et faire des batailles de pommes de pins. Tout ça sans le stress d’un match en approche. Appa tenta de m’apprendre à voler tout seul, et j’ai eu beau essayé, la seule chose que j’ai réussi c'est de me fracturer le bras gauche. Le soir même, on se buvait de petites bièraubeurre devant un match du championnat vénézuélien de hockey subaquatique.

Appa : Dis, on n’avait pas un truc à faire prochainement ?

Bepo : De quoi ? Ah oui, c’est l’anniversaire de Zendo dans un mois c’est vrai !

Appa : Non mais, la coupe des maisons va pas commencer ?

Bepo : Aaaaaah, on va jamais y être à temps, je vais louper les débuts du Captain Koala !

Je commençais à paniquer et tournais en rond. C’était pourtant le match décisif du titre vénézuélien mais je n’y prêtais plus attention.

Appa : Arrête de paniquer Jean-Claude, je gère.

Mon bison traça le ciel comme jamais, un vif d’or de niveau 9 aurait été attrapé en un instant à cette vitesse. Il se perdit une ou deux fois, durent faire une escale à Cuba et à Hong Kong, mais le stade fut enfin en vue ! C’était la mi-temps et j’arrivais à du 785 à l’heure sur le dos d’Appa. Cette arrivée fut des plus remarquée alors que je comptais discrètement m’installer dans les gradins.

Marc : Bepo, je t’ai vu ! Tu joues, on a besoin de toi !

Bepo : Mais je suis retraité…

Marc : Tu seras retraité demain.

Faible d’esprit, j’ai enfilé mon uniforme et j’ai défié Drayryfore en duel. Avec tout ce voyage, Appa n’avait hélas plus beaucoup de jus et je perdis le duel. Tu parles d’une retraite, laissez-moi regarder depuis les gradins, bougres d’ânes. Je suis resté à P12 pour ne pas louper les prochains matchs. Cette fois-ci, ils se sont passés de mes services et je pus être fier de mes petits bisonneaux. Je ne pouvais m’empêcher d’être à fond avec eux, comme le huitième membre fantôme d’une équipe. Dur de ne pas être impliqué dans une si belle équipe, de ne pas vivre ces émotions avec ces joueurs qui m’ont donné tant d’amour. Mais quelle fierté de voir qu’ils tracent la bonne route.

Refaisons donc connaissance. Bonjour, je suis Bepo, ancien joueur de quidditch. Bien que je sois retraité, mes joueurs m’appellent Capitaine et je les encourage toujours dans les gradins et dans les vestiaires. Je ne suis plus un passionné de quidditch, mais je suis un passionné de mes joueurs. Volez plus haut, plus vite, plus loin. Tant que l’esprit des bisons est dans chacun de vos cœurs, le huitième homme de Poufsouffle sera toujours avec vous sur le terrain.