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Clupeidae.

C'est mon nom. Enfin, c'est ce que j'imagine, puisque c'est ce nom là, qui est écrit au dessus de moi sur un petit écriteau. A côté de ce Clupeidae, il y a un chiffre : 9. Je sais pas du tout ce que ça signifie, mais ce 9 est agrémenté d'un « pour 100 grammes ». Vous comprenez vous ? 'fin bref. Voilà déjà trois semaines que je suis allongée sur une surface extrêmement froide faite de glace pillée. A ma gauche, il y a une autre pancarte nommée Salmonidés, et à ma droite des Engraulidae. Ces derniers sont très nombreux et n'arrêtent pas de bavarder entre eux, c'est assez ennuyeux. Moi, je suis seule. Avec mes belles écailles, mon ventre argenté et mon dos bleuté, je suis la plus belle de la poissonnerie. Seulement, personne ne veut de moi. J'ai été pêché il y a trois semaines, en Méditerrané, arrachée à ma famille, par ce gros monsieur avec un accent ridicule, appelé Dédé si je me souviens bien. Bien, que la devanture de son échoppe insiste sur le fait que ses poissons sont frais, ils sont en réalité pas plus frais que ceux que l'on trouve dans les gros bacs où il fait encore plus froid qu'ici, dans le supermarché d'en face. Tous les jours, de nouveaux camarades arrivent de l'arrière boutique et sont placés à côté de moi sur cette glace qui brûle nos écailles, tellement c'est froid. Les clients affluent vers dix heures, achètent mes camarades, mais ne pense jamais à moi, Clupeidae, plus communément appelée Sardine. Pourtant, toutes les nuits je brosse mes écailles pour qu'elles puissent briller et attirer l’œil du client, je prends soin de moi. Mais en vain. Alors je me mets à penser, rêver, de ce qu'aurait été ma vie si je n'avais pas été aussi bête pour être attirée par ce magnifique grand filet qui s'approchait de moi.

Le 22ème jour de ma détention, dans cette échoppe d'un coin de rue, une boite montrant des images, a été installée. Tous les enfants accompagnant leurs parents, s’arrêtaient devant cette machine avec des images mobiles et parlantes. Pendant toute une journée, ce fût ma seule distraction, à part les discussions incessantes des Engraulidae – ils n'aiment pas quand on les appelle par leur vrai nom, Anchois. Le lendemain, sur cette même boite, Dédé a introduit une sorte de disque dans un lecteur, et instantanément un chat orange et dodu apparu dans la machine. Je frémis. Je ne portais pas les boules de poils dans mon cœur pour des raisons évidentes, pire ennemi de mon espèce. Je n'ai pas pu entendre et voir distinctement ce qu'il faisait, mais les enfants le qualifiait de « mignon », « trop adorable ». Après plusieurs tentatives pour me déplacer, et un torticolis carabiné, j'ai enfin pu apercevoir ce que faisait ce matou. Apparemment, il écarquillait ses yeux, et implorait du regard ce qui faisait fondre ses adversaires. Un sourire se dessina sur ma petite bouche bleue. J'avais trouvé ma botte secrète.

Article rédigé et illustré par Poisson'Rit.